Le Négrier, Vol. II

Le Négrier, Vol. II

About this book

Extrait: ...a jouir encore d'un air moins impur que celui qu'ils allaient humer avec la mort, dans les etables ou on les parquait pour la nuit. La captivite est sans doute un supplice horrible pour ceux qui n'ont commis d'autre crime que celui d'avoir succombe en combattant loyalement; mais il etait encore, dans les prisons d'Angleterre, un mal plus horrible a endurer que celui d'une reclusion sans espoir; c'etait le spectacle de la depravation, que les privations de toute espece engendraient au milieu de tant d'hommes entasses, pele-mele, avec toutes les passions et les vices qui fermentent, qui se dechainent au sein des cloaques ou l'on persiste a etablir son regne. Les gens qui ont ete assez heureux pour ne pas etre temoins des exces auxquels peut s'abandonner la nature humaine, livree sans frein a ses instincts les plus grossiers, se refuseront toujours a croire des rapports que l'on pourrait supposer dictes par l'exageration ou la misantropie. Mais la verite est la, et il ne suffit pas de la contester froidement pour l'aneantir: elle ne doit pas epargner notre malheureuse espece, ni cacher a notre delicatesse les faiblesses auxquelles peut descendre cette humanite, que par une erreur, qui meme est aussi une faiblesse de plus, nous nous obstinons a regarder comme une nature privilegiee. Un vice honteux, dont le nom seul est un outrage a la pudeur, un vice que l'antiquite a chante et que la barbarie tolere aujourd'hui a peine, regnait avec frenesie dans les prisons. J'ai vu des actes de mariage, gravement rediges et signes de bonne foi, dans des lieux ou il n'y avait qu'un sexe. J'ai vu, enfin, des asiles de prostitution ouverts a la frenesie de la corruption, au milieu d'une societe de captifs, si l'on peut appeler societe une foule de malheureux enchaines comme des tigres dans un repaire effroyable. J'ai vu des jeunes gens se donner la mort en duel, en se disputant les faveurs de ceux qu'ils...

Comments